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Appel à communications

Formes brèves et modernité

Date limite de soumission : 25 juin 2016

samedi 25 juin 2016, par Walter Zidarič

Depuis l’Antiquité gréco-latine les textes brefs (fables, exempla, proverbes, devinettes, épigrammes, épitaphes, aphorismes, …) n’ont cessé d’accompagner, de commenter la vie des hommes et de la société. La production de formes brèves, tant écrites qu’orales, a aussi investi d’autres domaines artistiques dès l’antiquité et le Moyen Âge, avec le théâtre, la musique et l’art pictural, en produisant une tension entre prolixité et brièveté. Or, la perception de la notion du bref demeure subjective et, par exemple, les lais bretons sur le continent et leurs versions plus tardives outre-manche en fournissent la preuve. Bien avant nous, les médiévaux ont une conscience aiguë de la nécessité d’une “bonne” brièveté, laquelle, malgré l’apparente sécheresse des formules stéréotypées puisées dans un capital ancien de « faits de phraséologie, de parémiologie, et de folklore » réussit à concilier efficacité de l’expression avec clarté du message.
Cette question centrale du tout dire en bref, ou en peu de mots – ou plus largement du tout exprimer de façon concise quel que soit le cadre spatio-temporel – est plus que jamais d’actualité chez l’homme pressé d’aujourd’hui, comme le montrent les nouveaux moyens de communication et leurs répercussions incontestables sur l’expression, tant écrite que parlée. La rapidité de la transmission des informations dans la téléphonie mobile et l’usage des textos qu’elle induit, ou l’utilisation quotidienne des messages courts, même iconiques, sur les réseaux sociaux, invitent à une réflexion sur la nature et la mesure du temps, qui situe la pensée de la brièveté non seulement sur les plans rhétorique et stylistique, mais aussi sur le plan philosophique. L’utilisation croissante de formes brèves d’expression, écourtées ou modifiées, interroge notre représentation du temps, ralenti ou suspendu, ou aussi immédiat.
À l’ère d’internet où prolifèrent les images, le processus de condensation, dans son acception chimique de précipité du sens, nous intéresse particulièrement. Les images, par définition polysémiques, ont la capacité de livrer en un raccourci visuel saisissant l’indicible ou l’invisible réalité qu’un texte ne peut aborder de manière aussi synthétique et instantanée. Une interrogation sur la brièveté fait entrer en jeu la mémoire et donc son contraire, l’oubli. En effet, une forme brève, un fragment, un court métrage, une vidéo artistique ou un montage de plans de quelques minutes, un message publicitaire, un tweet, ou un texto frappent par leur concision évanescente, et signalent indirectement leur caractère éphémère. Cependant, ils réalisent la prouesse de cristalliser un contenu beaucoup moins accessible qu’il n’y paraît autour d’une idée exprimée avec économie, de la formule, concrétion lapidaire, ou encore d’une simple image, qui vont laisser une empreinte dans la mémoire du destinataire en procédant par allusion, évocation, et appel à des codes connus à mobiliser en vue du déchiffrage de la signification. L’invention de l’application snapchat permet même d’inscrire cette brièveté dans le provisoire, les photos ou vidéos n’étant accessibles par le destinataire que pendant un temps très bref.
Parce que, contrairement à l’amplification de la forme développée (du roman prolixe en littérature par exemple), la forme brève ne vise pas à - et se garde de - « sécuriser le lecteur ou l’auditeur contre un risque d’insignifiance de la matière ». C’est précisément cet inconfort, ce déséquilibre stimulant qu’elle provoque que souhaitent examiner les organisateurs de ce colloque. Leur réflexion portera sur une variété de modes d’expression qui témoignent du changement social à l’époque moderne et contemporaine. Les modes d’expression considérés iront de la littérature au cinéma, en passant par le théâtre, la musique, les formes artistiques éphémères (Land Art, Street Art, les nouvelles formes de communication écrite ou iconique, récent objet d’étude des linguistes, ou le snap, qui génèrent de nouvelles modalités de narration et de communication sur les réseaux sociaux mais aussi dans la publicité et les médias, sans oublier les nouvelles politiques éditoriales des maisons d’édition.
Il n’est pas possible, dans le cadre d’un colloque, d’envisager les formes brèves dans toute leur complexité et sous tous leurs aspects. Aussi nous aborderons la question sous l’angle spécifique du rapport de ces formes brèves à la modernité. Il peut s’agir de la modernité prise comme contemporanéité, en ce que les formes brèves seraient peut-être les manifestations les plus représentatives de notre monde actuel que ce soit dans les domaines de la communication, des arts, de la littérature, peut-être en ce qu’elles sont liées aussi à un contexte de crises des valeurs, des idées, des moyens traditionnels d’expression. Mais il s’agira aussi sans doute d’interroger la modernité des formes brèves à toute époque, comme émancipation par rapport à des traditions, des conventions, des cadres spatio-temporels convenus, etc.

Ce colloque, interdisciplinaire et international, se déroulera du 26 au 28 janvier 2017 à l’université de Nantes.

Il sera ouvert à des champs disciplinaires aussi divers que la philosophie, la sociologie, la littérature, les arts, la linguistique, les sciences de l’information-communication ou l’histoire.

Les langues de travail du colloque seront le français et l’anglais.

Les propositions de communication, d’une dizaine de lignes, accompagnées d’une brève notice bio-bibliographique, devront être envoyées au plus tard le 25 juin 2016 à

  • Walter Zidarič, walter.zidaric@univ-nantes.fr
  • Agnès Blandeau, agnes.blandeau@univ-nantes.fr

Comité d’organisation du colloque :
Agnès Blandeau, angliciste
Elizabeth Kargl, germaniste
Catherine Lanfranchi-De Wrangel, italianiste
Walter Zidarič, italianiste

Comité scientifique :
Francesca Chiusaroli, Università di Macérata
Catherine Collin, Université de Nantes
Edwige Comoy-Fusaro, Université de Nice
Gian Luca Garelli, Università di Firenze
Catherine Lanfranchi-De Wrangel, Université de Nantes
Georges Letissier, Université de Nantes
Marie Mianowski, Université de Nantes

Cécile Meynard, Université d’Angers
Margherita Orsino, Université de Toulouse
Françoise Rubellin, Université de Nantes
Michelle Ryan-Sautour, Université d’Angers
Mara Santi, Universiteit Gent
Emmanuel Vernadakis, Université d’Angers
Walter Zidarič, Université de Nantes


Call for papers

International and Interdisciplinary Conference

« Short Forms and Modernity »

Université de Nantes, 26-28 january 2017

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À propos :

Walter Zidarič

Professeur en Littérature et Civilisation italiennes

Littérature, civilisation, opéra italiens et russes (19e-21e)

Courrier électronique : Walter Zidarič


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