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Appel à communication

A la recherche d’Elsa Morante

Date limite : 15 novembre 2018

jeudi 15 novembre 2018, par Dominique Peyrache-Leborgne

La récente parution d’une biographie de René de Ceccatty Elsa Morante, une vie pour la littérature, chez Taillandier en mai 2018, a, dans l’actualité littéraire française, redonné une présence à Elsa Morante. Nous voudrions prolonger et renforcer ce moment. En France, en effet, si l’œuvre de l’écrivaine a été accueillie plutôt favorablement par les éditeurs et la presse, elle le fut lentement, et elle a donné lieu à peu d’études de fond. En 1980, la Société des Italianistes lui a consacré une matinée de débats (retranscrits en une cinquantaine de pages) ; en 2000, le Centre de Recherches Italiennes de Paris X-Nanterre a réuni une dizaine de participants à un colloque dont les Actes sont épuisés ; des articles universitaires et de journalisme ont été publiés, mais aucun livre majeur n’a été dédié depuis à la grande romancière. Certes, la situation est bien différente en Italie, mais il y a d’autant moins de raisons que nous ne participions pas, de ce côté-ci des Alpes, à l’entreprise d’exploration et de connaissance de l’œuvre que, après la disparition d’Elsa en 1985, nombre de ses textes (nouvelles, théâtre, poésies, pamphlets ...) ont été traduits en français sans que se soit pour autant vraiment élargi le regard critique porté sur l’auteur de La Storia.
Sur le plan des études génériques, l’œuvre d’Elsa Morante a encore beaucoup à nous apprendre : l’on pourra par exemple interroger l’approfondissement du roman familial et d’initiation, à travers les mythes personnels obsédants de Menzogna e sortileggio / Mensonge et Sortilège et L’Isola di Arturo / L’île d’Arturo, ou le renouvellement du roman de guerre, occasionné par le choix d’un point de vue et d’un personnage central féminins dans La Storia. À travers l’intensité passionnelle exceptionnelle qui émane de toute son œuvre, n’est-ce pas le sens du tragique (historique et existentiel) qui est renouvelé, parallèlement à l’expérimentation qu’Elsa Morante a voulu faire de certaines utopies des XIXe et XXe siècles (le mythe rimbaldien de l’enfant-poète maudit et le mouvement beatnik notamment) ?
La question des Gender Studies semble aussi incontournable pour qui veut comprendre la spécificité de cet imaginaire : quel regard les œuvres portent-elles sur le féminin, le masculin, l’homosexualité, le machisme, la société patriarcale d’avant et d’après-guerre, en Italie et en Europe ? Ayant écrit avant le début de la vague de féminisme européen, Elsa Morante ne fut pas une militante féministe mais elle rencontra néanmoins Simone de Beauvoir et fut malgré elle considérée comme une icône du féminisme, du fait d’aspects inhérents à son œuvre, marquée par la violence du patriarcat, par l’omniprésence d’une féminité blessée d’une part, et du fait de la proximité qu’elle entretint avec des intellectuelles comme Adele Cambria et Dacia Maraini d’autre part.
Il serait également profitable d’éclairer le parcours intellectuel et spirituel d’Elsa Morante en fonction des contextes culturels qui l’ont modelé tout en mettant en relief la singularité de son univers. On pourra ainsi mettre son œuvre en perspective par rapport à celles de ses amis les plus proches, Alberto Moravia, Umberto Saba, Sandro Penna, Pier Paolo Pasolini, ou avec celles d’auteurs plus récents, dont les choix poétiques ne sont pas sans affinités avec les siens, comme Erri de Luca par exemple. Un regain d’actualité est également donné aujourd’hui à la romancière à travers la filiation poétique revendiquée par l’auteure de L’Amica geniale / L’Amie Prodigieuse, dont le pseudonyme (Elena Ferrante) constitue un hommage évident. Et l’on pourra s’interroger sur les points de rencontre (thématiques et génériques) mais aussi les différences de style entre les deux univers.
Ces contributions regrouperont aussi bien des études générales ou comparatistes autour de l’œuvre d’Elsa Morante, que des analyses plus monographiques, concernant les grands romans, ou les nombreuses publications posthumes (pour l’édition française, Le Monde sauvé par les gamins, Pour ou contre la bombe atomique, Territoire de rêve, Donna Amalia et autres nouvelles, Petit Manifeste des communistes suivi de Une Lettre aux Brigades rouges, Récits oubliés).
Procédant à l’inverse de ce qui est habituel, nous nous proposons de réunir d’abord en un volume les contributions organisées en chapitres de livre. Nous inviterons ensuite les contributeurs à une journée d’échanges, de bilans et d’ouvertures, en octobre 2019, dans le cadre des travaux du laboratoire de L’AMO (EA 4276) de l’Université de Nantes. La date exacte de la journée d’étude sera reprécisée ultérieurement.

L’ouvrage collectif sera soumis pour publication aux Presses Universitaires de Rennes.
Les propositions (d’environ 2000 signes et assorties d’une courte notice bio-bibliographique) devront être adressées à dominique.leborgne@univ-nantes.fr et andre.peyronie@laposte.net, avant le 15 novembre 2018.

Les communications retenues seront à envoyer pour le 15 juillet 2019.

André Peyronie est Maître de Conférences honoraire en Littérature comparée. Depuis quelques années, il s’est orienté vers la littérature italienne à laquelle il a consacré plusieurs articles. Aux Presses Universitaires de Rennes, il a publié une étude sur Le Nom de la rose, et il prépare actuellement une biographie d’Umberto Eco.

Dominique Peyrache-Leborgne est professeure de littérature comparée à l’Université de Nantes. Spécialiste du romantisme, elle travaille également sur le roman historique, le roman victorien, et le roman contemporain dans ses rapports avec les formes et les modèles du XIXe siècle. Dans ce cadre, elle a publié plusieurs articles sur Elsa Morante.




À propos :

Dominique Peyrache-Leborgne

Professeure de Littératures comparées.

Théories esthétiques du romantisme. Sublime, grotesque, arabesques. Romantisme et politique. Roman historique. Contes et mythes. Le conte classique (Perrault, Grimm, Andersen) et ses réécritures. Approches ethnologique et structuraliste du conte populaire et du conte littéraire. Le conte dans la littérature de jeunesse.

Courrier électronique : Dominique Peyrache-Leborgne


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