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Colloque International

La Mémoire de la blessure

Colloque international

mercredi 18 novembre 2015, par Anne Teulade, Isabelle Ligier-Degauque

La Mémoire de la blessure. Mise en fiction et interrogation du traumatisme de la Renaissance au XXIe siècle (18-20 novembre 2015)

Colloque international organisé par Isabelle Ligier-Degauque et Anne Teulade dans le cadre du programme IUF « Interpréter l’histoire récente », et en partenariat avec le Théâtre Universitaire.

Présentation La possibilité de dire la catastrophe et la guerre et les modalités de leur représentation se trouvent au cœur de questionnements actuels au point d’avoir donné naissance à un courant critique, les trauma studies. La mise en fiction des traumatismes engendrés par des scènes violentes, qu’elles soient privées ou nationales, prend souvent la forme du récit et/ou du témoignage, selon le degré désiré de vérité. Or, il nous semble important de prendre également en considération le genre théâtral dans ses moyens spécifiques d’interrogation et de réponse aux traumatismes. Outre la pièce de Vinaver 11 septembre, nous pourrions penser aux travaux du collectif « Groupov » sur le génocide rwandais et d’Isabelle Lafon sur les textes de J. Hatzfeld (Igishanga), mais encore à Tableau d’une exécution d’Howard Barker, concepteur du « théâtre de la catastrophe », ou au spectacle Notre terreur (centré sur la chute de Robespierre) par le collectif « D’ores et déjà ». L’inventaire n’est bien sûr pas exhaustif mais fait apparaître, aux XXe et XXIe siècles, un intérêt poussé pour l’aptitude du théâtre à relayer la parole traumatique, de façon distanciée et/ou faussement documentaire. Toutefois, la réflexion portée par le théâtre dans les siècles passés n’a pas perdu de pertinence : ainsi, dans Zaïre (1732), Voltaire ne met-il pas en scène, à travers le destin de son héroïne, l’impossible dépassement de l’injonction « Tu te souviendras » ? On pourra également penser aux pièces prenant en charge, en Angleterre et en France à la fin du XVIe siècle, l’épisode sanglant de la Saint Barthélémy et se demander comment le théâtre peut assimiler et restituer une violence toute contemporaine. Pareille mise en scène de l’histoire récente ouvre des perspectives de dialogue entre le théâtre des siècles dits « anciens » et le théâtre des XXe et XXIe siècles. Dans son ouvrage La Mémoire, l’histoire, l’oubli (2000), le philosophe Paul Ricœur réfléchit à l’ambiguïté de notre rapport individuel à la mémoire collective et à l’histoire. Dans le domaine de la justice, l’intimation à se souvenir trouve une forme de légitimité parce qu’elle répond au sentiment de dette à l’égard d’un autre que soi et qu’elle traduit un souci des victimes. Mais Ricœur nous met en garde contre la « mémoire blessée », revendiquant le droit à la commémoration et refusant coûte que coûte l’oubli. En s’emparant d’un traumatisme, récent ou un peu plus lointain, à quel usage de la mémoire le théâtre exhorte-t-il le spectateur ? La fiction théâtrale élabore-t-elle un rapport particulier à l’histoire récente, qui se distingue des autres écrits historiographiques ou documentaires ? Le rôle donné au théâtre dans son rapport au réel mérite un examen qui soit attentif à ses particularités et aux discours, explicites ou tacites, qui le sous-tendent. L’écriture théâtrale s’inscrit-elle dans une stratégie propagandiste ou politique, cherche-t-elle à livrer une voix irréductible aux discours plus officiels ? Dans son essai Histoire, Théâtre et Politique (2009), Gérard Noiriel en appelait au dialogue entre théâtre et sciences humaines pour conjurer les dérives du « post-modernisme », qui imprégnerait le théâtre d’Edward Bond : « Le postmodernisme apparaît ici comme l’ultime philosophie de l’Histoire, celle qui érige sa propre impuissance en norme universelle ». Les œuvres contemporaines témoignent-elles d’un tel renoncement ? Les pièces plus anciennes traduisent-elles une forme de sidération comparable ?

Programme :

Mercredi 18 novembre

14h 30 Mots de bienvenue, accueil des participants

Introduction du colloque

Le théâtre, avec ou contre le document ?

15h15 Juliette MÉZERGUES (Université de Bordeaux 3) « Und, monologue tragique de Howard Barker ou la trace de la Shoah : une femme au cœur du théâtre de la Catastrophe »

Ulysse CAILLON (Université Lyon 2) « Dans la solitude des témoignages : rhapsoder la mémoire des traumatismes dans le théâtre de Pippo Delbono »

16h15 Discussion et Pause

16h 45 Échange avec Valentin Pasgrimaud, de la troupe « Les Maladroits ».

19h Spectacle : représentation de Frère(s), théâtre d’objet documentaire sur la guerre civile espagnole, par la compagnie les Maladroits au Studio Théâtre.

Jeudi 19 novembre 2015

Détours de la représentation. Éloignement, oubli et hantise

9h Tiphaine KARSENTI (Université Paris Ouest Nanterre) « Le traumatisme troyen sur scène et les conflits contemporains (XVIe-XVIIe siècles) »

Tiphaine POCQUET (Université de la Sorbonne Nouvelle) « Amnistie et amnésie en 1629, deux figures de rois qui oublient »

10h Discussion et pause

10h30

Martin NADEAU (Université du Québec, Montréal, Canada) « Autour des représentations de la Saint-Barthélémy : entre la mémoire du traumatisme et la tragédie de l’actualité révolutionnaire »

Thibaut JULIAN (Université Paris-Sorbonne) « « Les feux couverts d’une cendre trompeuse ». Blessures et hantises de l’histoire nationale dans le théâtre révolutionnaire »

Stéphane POLIAKOV (Université Paris 8 Vincennes-Saint Denis) « Blessures niées, blessures détournées. Le cas russe dans le théâtre et les arts au XXe siècle »

12h Discussion

L’inscription du traumatisme dans les corps

14h Nathalie COUTELET (Université Paris 8 Vincennes-Saint Denis) « Les traumatismes physiques et moraux de la Grande Guerre dans les pièces de Philippe Fauré-Frémiet : pour une humanité nouvelle »

Zoé SCHWEITZER (Université Jean Monnet, Saint Étienne) « Yasser Mroué ou la mémoire jumelle »

Brigitte JOINNAULT (Université de Nice Sophia-Antipolis) « Des Quarante jours du Musa Dagh de Franz Werfel au Cercle de l’ombre mis en scène par Hovnatan Avédikian. Histoire et esthétique »

15h30 : Discussion et pause

16h : Échange avec Colyne Morange et la « Stomach Company » à propos de leur spectacle Des Bords de Rond-Point

Vendredi 20 novembre 2015

Trouver la bonne distance : éloignement ou proximité

9h Ouafae EL MANSOURI (Université Paris 8 Vincennes-Saint Denis) « Au plus près de la blessure : présences du massacre de la Saint-Barthélémy dans Coligny (1740) de Baculard d’Arnaud et Jean Hennuyer (1772) de Mercier »

Hélène BEAUCHAMP (Université de Toulouse Jean Jaurès) « Des blessures de la guerre à la mémoire critique d’une patrie : les théâtres d’exil de Max Aub et Rafael Alberti »

10h Discussion et pause

10h30

Marianne NOUJAIM (Université Libanaise, Liban) « Souvenirs de guerres libanaises au théâtre : entre incendie et autopsie »

Florence LHOTE (Université Libre de Bruxelles) « Entre distance et contemporain, la Mémoire de la guerre d’Algérie par Aziz Chouaki »

11h30 Discussion

11h45 Déjeuner

La thérapie par le théâtre ? Du côté des victimes et des témoins

13h30 Anne TEULADE (Université de Nantes – IUF) « Après la captivité à Alger : travail fictionnel et sens de l’expérience dans le théâtre de Cervantès »

Valérie DUSAILLANT-FERNANDES (Université de Waterloo, Ontario, Canada) « Le viol de guerre vu par les dramaturges africains Koffi Kwahulé et Gustave Akakpo »

Nathalie CAU (Université Paris-Ouest Nanterre) « Représenter la catastrophe dans l’immédiat après-guerre, le Kazet-Teater et le MYKT (1945-1948) »

15h Discussion et pause

15h30 Conclusions : Christian BIET (Université Paris Ouest Nanterre)




À propos :

Anne Teulade

Maître de Conférences en Littératures comparées.

Théâtre européen (limites du représentable, « théorie » du baroque, réflexivité, allégorie ; théâtre religieux, théâtre d’histoire récente).

Littérature et savoirs : fiction et sainteté, fiction et temps présent, masque mélancolique et pensée critique.

Courrier électronique : Anne Teulade

À propos :

Isabelle Ligier-Degauque

Maître de conférences en arts du spectacle à l’Université de Nantes Théâtre du XVIIIe siècle, Parodies dramatiques des tragédies et d’opéras, Comédie-Italienne et Théâtres de la Foire, Tragédies de Voltaire

Voir en ligne : Cetephi

Courrier électronique : Isabelle Ligier-Degauque


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