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Motion du laboratoire L’AMo

jeudi 5 mars 2020, par Nicolas Correard

La parution des rapports préalables à l’élaboration de la Loi de Programmation Pluriannuelle de la Recherche (LPPR) a suscité une émotion légitime au sein de la communauté universitaire. Le laboratoire L’Antique, le Moderne (L’AMo, EA 4276), accueillant les chercheurs en études littéraires de l’Université de Nantes, se joint à d’autres instances pour déclarer son inquiétude : autant les constats d’insuffisance dressés par les rapporteurs sont justifiés, autant les solutions préconisées s’annoncent inadaptées, car elles reviendraient à aggraver les dérives actuelles, compromettant la stabilité et l’efficacité de l’ensemble de l’ESR.

Le laboratoire L’AMo réaffirme par cette motion son attachement à l’emploi pérenne des enseignants-chercheurs, enseignants et personnels universitaires, seul à même de garantir la projection sur le temps long qui est celui de la recherche, de toute recherche authentiquement novatrice, particulièrement dans les domaines érudits qui sont les nôtres. De même, il réaffirme son attachement aux procédures nationales garantissant l’équité de traitement entre tous les candidats aux fonctions d’enseignant-chercheur.

Le laboratoire L’AMo ne peut que souhaiter une augmentation du taux de succès aux appels à projet, mais il désapprouve l’orientation prioritaire de l’investissement public dans les projets financés, qui introduisent la menace d’un pilotage administratif plutôt que scientifique de la recherche, et s’avèrent dans les faits des plus défavorables à la recherche fondamentale, particulièrement au secteur des Lettres, Langues et Sciences Humaines. Devrait être privilégié dans tous les secteurs l’investissement dans des dispositifs libérant du temps de recherche, alors que les congés et détachements pour activité de recherche restent beaucoup trop rares par rapport aux meilleurs standards internationaux.

Enfin, le laboratoire L’AMo rappelle que l’exercice de la recherche reste de fait, pour tous ses membres, solidaire de l’enseignement et de la gestion démocratique de la vie universitaire. Or, la recherche française est entravée par la lourdeur des tâches administratives et pédagogiques. Les premières restent mal récompensées, les secondes sont rendues difficiles par les conditions dégradées de l’enseignement, alors que les obligations de service sont notoirement plus élevées que dans les pays comparables. Nous appelons donc à un investissement massif dans les universités, qui rejaillira sur la productivité de la recherche.

La politique concertée de mise en crise des universités par leur sous-dotation, la sous-rémunération générale des personnels, ou encore le gel prolongé des recrutements d’enseignants-chercheurs – qui amoindrit notre potentiel et génère de nombreux effets pervers et dommages collatéraux, dont la gestion mobilise ensuite une grande partie de nos efforts, aux détriments de la recherche – ne sont pas tenables sur le long terme et traduisent l’absence de vision des décideurs publics en matière de recherche lors de la décennie écoulée.
Nous appelons ces derniers à suivre les recommandations prioritaires pour la LPPR adressées en juin 2019 au ministère par le Collectif des Sociétés Savantes Académiques, fondées sur une large consultation des acteurs et une connaissance réelle des enjeux sur le terrain.

Motion adoptée à l’unanimité par les membres du conseil de laboratoire, le 12 février 2020




À propos :

Nicolas Correard

Maître de Conférences en Littératures comparées

Littérature sério-comique de la Renaissance aux Lumières (lucianisme), Littérature, histoire des idées et des savoirs (XVIe-XVIIIe siècle), Origines du roman moderne

Courrier électronique : Nicolas Correard


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