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Protée en trompe-l’œil : genèse et survivances d’un mythe, d’Homère à Bouchardon

dimanche 28 février 2010, par Anne Rolet

Varius, multiplex, multiformis : cette série d’épithètes dont le pseudo-Aurélius Victor se servait pour qualifier l’empereur Hadrien conviendrait à merveille à Protée, figure quelque peu en retrait du panthéon grec, mais néanmoins complexe, ambiguë et mystérieuse. Présenté par les auteurs antiques comme un dieu ou un mortel, un roi héroïsé d’Égypte ou un devin, Protée est sans doute le plus connu des « Vieillards de la Mer ». Lié aux récits du retour de Ménélas après la guerre de Troie et à l’histoire du berger Aristée qui perdit ses abeilles, il a connu, grâce à Homère et Virgile en particulier, un succès continu depuis l’Antiquité et son nom n’a cessé d’inspirer œuvres littéraires, plastiques ou musicales. Ses aptitudes et les modalités qui conditionnent son approche sont fascinantes : pour que Protée révèle « ce qui est, ce qui fut, et ce qui sera », son interlocuteur doit ruser pour s’emparer de lui, attendre, caché, le moment où le dieu relâchera son attention sous l’effet du sommeil. Même pris dans les liens, il continue de se dérober par mille métamorphoses, comme pour mettre à l’épreuve la patience et la ténacité du héros venu le consulter et mesurer l’intensité du désir qu’il a de connaître le vrai.

Protée incarne ainsi le paradoxe d’un univers inquiétant, labile, changeant, « protéiforme », qui se place sous le signe de la transformation, de la ruse et de l’illusion, mais aussi de la vérité prophétique dont l’homme en quête de sagesse doit s’emparer dans la violence et par la contrainte. Image de la matière informée par les idées, visage ambigu d’une humanité plurielle ou voix des aspirations démiurgiques du texte littéraire qui nourrit le dessein secret de restituer la totalité du monde, il a suscité maintes lectures allégoriques et interprétatives. Le présent volume, qui rassemble des contributions qui s’échelonnent de l’Antiquité grecque archaïque à la Renaissance, avec un prolongement jusqu’au XVIIIe siècle français, espère éclairer les étapes de la genèse, de la diffusion et des exégèses de ce mythe. Il vise à définir, dans leur diversité et leur complexité, les enjeux littéraires, esthétiques, politiques et idéologiques qu’implique l’apparition de la figure de Protée à travers les âges.

Protée en trompe-l’œil : genèse et survivances d’un mythe, d’Homère à Bouchardon, sous la direction d’Anne ROLET, Rennes, Presses Universitaires de Rennes (collection « Interférences »), 2010, 582 p.




À propos de l'auteur

Anne Rolet

Maître de Conférences (HDR) en Langues et Littératures latines et néo-latines

Emblèmes et épigrammes de langue latine au XVIe siècle ; tradition du symbole et de l’allégorie ; problématiques de l’image symbolique au XVIe s. ; postérité de Virgile à la Renaissance.

Courrier électronique : Anne Rolet


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