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Projet ANR - Françoise Rubellin, dir. (2015-2018)

CIRESFI (Contrainte et Intégration. Pour une Réévaluation des Spectacles Forains et Italiens)

vendredi 9 janvier 2015, par Anna Mirabella, Françoise Rubellin, Isabelle Ligier-Degauque, Walter Zidarič

Alors que Louis XIV a mis en place une politique culturelle fondée sur la centralisation et le monopole (seule l’Académie royale de musique peut donner des opéras et spectacles de musique et danse, seule la Comédie-Française peut donner des tragédies et comédies en français), deux autres théâtres réussissent pendant plus d’un siècle à exister et à se maintenir en dehors de ce système de privilège. Il s’agit de la Comédie-Italienne et des théâtres de la Foire (qui se produisent deux mois pendant les grands rassemblements commerciaux que sont la Foire Saint-Germain en hiver et la Foire Saint-Laurent en été). Jalousés par les deux scènes privilégiées, ils vont connaître des crises majeures, des procès incessants, des expulsions, des destructions. Or l’histoire de la littérature a longtemps fait peu de place à ces deux théâtres, célébrant les classiques de la Comédie-Française, comme Voltaire et Beaumarchais, et minimisant tout ce que Marivaux doit à la Comédie-Italienne (oubliant aussi que Molière jouait en alternance avec les Italiens à l’Hôtel de Bourgogne et s’inspirait de ceux-ci) ; quant aux spectacles forains, ils n’ont jamais eu droit jusqu’à aujourd’hui à un chapitre dans un manuel scolaire. Pourtant ils sont partie intégrante du patrimoine dramatique français, et témoignent d’une extraordinaire inventivité face à la contrainte, générant de nouvelles formes dramatiques (pièces par écriteaux, monologues à plusieurs, pantomimes, opéra-comique, etc.) qui perdureront aux siècles suivants (depuis l’opérette jusqu’au karaoké). Si ces théâtres de la Foire, ainsi que tout un pan de la Comédie-Italienne, ont été largement sous-étudiés, c’est pour des raisons politiques, idéologiques (ils sont souvent accusés de subversion) mais aussi matérielles (sources d’archives manuscrites, souvent dispersées, musique perdue, des centaines de pièces inédites etc.). Notre projet reposera en premier lieu sur une masse de sources jusque-là inexploitées et inédites (près de 30000 pages de registres, actes notariés, procès-verbaux, comédies et opéras-comiques inédits). En traitant ensemble pour la première fois la Comédie-Italienne et les théâtres forains, ces deux exclus du système des privilèges, il s’agira d’interroger d’une part les processus d’acculturation des Italiens et d’institutionnalisation (en 1762 la troupe de l’Opéra-Comique de la Foire fusionne avec la Comédie-Italienne ; l’Académie royale de musique cède en 1779 pour 30 ans le privilège de l’Opéra-Comique au Théâtre-Italien) et d’autre part les innovations artistiques inventées sous la contrainte par ces théâtres pour se maintenir. Devant l’ampleur de ces archives, CIRESFI propose de relever un défi technologique en faisant collaborer les spécialistes du théâtre avec des chercheurs réputés en STIC pour travailler à la création d’un outil de reconnaissance de l’écriture manuscrite, afin de faciliter la saisie de milliers de pages pour la construction d’une vaste base de données interactive. Il s’agira à terme de pouvoir mettre en relation tous les éléments et événements qui concernent un spectacle des théâtres de la Foire ou de la Comédie-Italienne, depuis le coût de la production (registres), les accessoires utilisés, les acteurs employés, la composition sociale du public, les airs (retrouver les partitions et les instruments utilisés par l’orchestre), les danses (retrouver les types de danse) le texte de la pièce (déchiffrer et étudier les manuscrits, analyser les marques des censeurs). Ce programme ambitieux jettera un regard résolument neuf sur des formes émergentes de création et sur les mutations de l’économie du spectacle ; il comporte des enjeux aussi bien esthétiques que sociaux. C’est un défi matériel et herméneutique pour montrer un autre visage culturel du patrimoine dramatique des Lumières que celui qui lui est académiquement consacré.




À propos de l'auteur

Françoise Rubellin

Professeur de Littérature française (XVIIIe siècle).

Théâtre du XVIIIe siècle : Marivaux, théâtres de la Foire, Comédie-Italienne, opéra-comique, marionnettes, parodie, édition de manuscrits.

Voir en ligne : CETHEFI

Courrier électronique : Françoise Rubellin

À propos de l'auteur

Isabelle Ligier-Degauque

Maître de conférences en arts du spectacle à l’Université de Nantes Théâtre du XVIIIe siècle, Parodies dramatiques des tragédies et d’opéras, Comédie-Italienne et Théâtres de la Foire, Tragédies de Voltaire

Voir en ligne : Cetephi

Courrier électronique : Isabelle Ligier-Degauque

À propos de l'auteur

Anna Mirabella

Maître de Conférences en langue, littérature et civilisation italiennes.

Théâtre et politique dans l’Europe moderne et contemporaine ; genre et histoire religieuse et sociale en Italie.

Courrier électronique : Anna Mirabella

À propos de l'auteur

Walter Zidarič

Professeur en Littérature et Civilisation italiennes

Littérature, civilisation, opéra italiens et russes (19e-21e)

Courrier électronique : Walter Zidarič


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