Accueil > Publications > La connaissance de soi : XXIIes Entretiens de (...)

La connaissance de soi : XXIIes Entretiens de La Garenne-Lemot

dimanche 14 juin 2020, par Jackie Pigeaud

Que peut signifier en pleine pandémie du Covid-19 le slogan de l’humanisme
triomphant, « Connais-toi toi-même », et sa reformulation au siècle des
Lumières : « Ose être sage » ? Force est aujourd’hui à chacun de s’appréhender
comme membre d’une espèce zoologique, victime sélective d’un nouveau
produit de l’Évolution, qui se dresse devant lui, l’attaque de l’intérieur et met
ses savoirs en échec. Se connaître, c’est connaître ses outils, se représenter
ses idées, jouir de les manier, de les étendre, de les améliorer. Mais c’est
aussi souffrir de sa dépendance et de son impuissance d’être voué à la mort
et ne pouvant au mieux que la repousser pour un temps. Aujourd’hui, le
fait nouveau tient à ce que tous les hommes tremblent ensemble, au même
moment, devant le même agresseur.

On ne médite jamais assez sur le nœud borroméen que forment la souffrance,
l’être humain et la connaissance. « Moi je le dis, si l’homme était un, il ne
souffrirait jamais », aimait à répéter Jackie Pigeaud, citant Hippocrate.
Aussi bien nous faut-il parcourir la chaîne des pronoms personnels, aller du
« toi » au « soi », puis au socius et à l’alter ego et, de là, au « Je est un
autre », au « je » pluriel et au sujet doté d’un inconscient. Mais la boucle ne
semble-t-elle pas se boucler et l’espèce prévaloir de nouveau, lorsqu’on en
revient à la magnification picturale des gros animaux dans les grottes ornées
de la préhistoire et au mythe de l’Émergence primordiale, présent dès le
Paléolithique supérieur, qui assigne aux êtres humains comme origine les
cavités du fond de la terre ?

Jackie Pigeaud avait formulé pour nous trois grandes questions. « La
connaissance de soi : Suis-je maître de cette connaissance ? Par où passer
pour la vivre ? Il ne s’agit pas de technique abstraite, mais de rencontre
avec soi-même », Le retour sur soi est-il mortifère, comme chez Narcisse ou
bien peut-il constituer un instrument de salut et sous quelles conditions ?
Peut-on faire coïncider le soi vu de l’extérieur « comme un autre », et le
soi « senti », éprouvé de l’intérieur, pas vraiment « comme un autre » ? Se
connaître soi-même, est-ce, enfin, se connaître ou bien se refuser à toute
crispation identitaire, connaître tout court, co-naître à soi, aux autres et au
monde, s’y entrelacer ? (Baldine Saint Girons).

Jackie Pigeaud (Université de Nantes, IUF) était philologue et historien des
idées et de la pensée médicale. Spécialiste de l’antiquité gréco-romaine, il
traverse les siècles pour penser les rapports entre l’histoire de la médecine
et celle de la philosophie.

Baldine Saint Girons (Université de Paris Ouest, IUF) est spécialiste de
philosophie du XVIIIe siècle, d’esthétique et d’anthropologie psychanalytique.

titre documents joints///




À propos de l'auteur

Jackie Pigeaud

Professeur émérite de l’Université de Nantes depuis 2003. Histoire de la pensée médicale, histoire de l’imaginaire culturel, histoire de la psychiatrie. Littérature latine et grecque, Esthétique, éthique, poétique, philosophie.

Hommage à Jackie Pigeaud (1937-2016) par Pierre Maréchaux

Courrier électronique : Jackie Pigeaud


up
logouniv       Le site de L'AMo est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons BY-NC-ND      Contrat Creative Commons   Mentions légales